Que fait l’Education Nationale quand les élèves n’ont pas de bonnes notes? Elle vire le prof!

Prof n'importe où, n'importe quand.Que fait l'Education Nationale quand les élèves n'ont pas de bonnes notes? Elle vire le prof! dans education dumbea-lifou-0022-300x240
Mutation express : 4 jours pour construire son radeau et parcourir plus de 200km avec toute sa famille. Manque d’adaptation, dites-vous!?

 

   J’avais enseigné 5 ans sur l’île de la Réunion en tant que professeur certifié de Mathématiques avant d’arriver, en février 2010 (début d’année scolaire en Nouvelle Calédonie), au collège Laura Boula à Wé, sur l’île de Lifou, pour une mission de 2 ans. Depuis les premiers jours de classe, je me suis employé à recadrer quelques perturbateurs qui refusaient d’aller au tableau, jouaient de la batterie en plein contrôle ou se servaient de leur cartable comme oreiller. Mais jusqu’à là, rien de très inhabituel dans un collège public. Sauf à partir de ma première réunion avec des parents d’élèves mécontents, dès le 30 Mars tout de même, où le président de l’APE, M. Patel, finit par lâcher, visiblement à cours d’arguments, que ma tête ne lui revenait pas, en toute impunité. 

             Deux jours plus tard, l’inspectrice académique, Mme Durand-Roire, se déplace pour suivre un de mes cours avec la seule mission de confirmer mon incapacité pédagogique. Or ne trouvant rien, elle n’hésite pas à me reprocher, dans son rapport, les notes trop faibles de mes élèves. C’est ainsi que, courageusement, le Principal, M. Millier, décide d’écrire une lettre au Vice-recteur pour dénoncer… le prof et sa pédagogie inadaptée aux îles Loyautés. D’après lui, certains élèves avaient même « perdu le goût d’apprendre les Mathématiques« . Tout cela à cause de moi et après seulement six semaines de cours. C’est nettement plus pratique que de reconnaître que les enfants passent dans les classes supérieures sans travailler, depuis des lustres.

       Ensuite, le Vice-recteur, M. Melet, sans même entendre ce que je pouvais dire, m’a tout simplement suspendu de mes fonctions pour 4 mois comme un vulgaire criminel. D’ailleurs, j’ai appris cette nouvelle par la secrétaire du GOD de Mou alors que j’étais dans ma classe, en train de discuter avec un groupe d’élève en pleine récréation.

       A un mois de la fin de ma suspension, n’ayant toujours pas trouvé (ou cherché?) de faute préalable à un conseil de discipline, le Vice-recteur m’a carrément menacé de ne plus me payer, sous trois semaines, si je ne partais pas par mes propres moyens sur la Grande Terre. J’ai alors immédiatement fait valoir mes droits au Tribunal Administratif en condamnant cette lettre. Malheureusement, cette courte victoire m’a valu la vengeance de M. Melet qui a procédé à « une mutation dans l’intérêt du service » ne me laissant, à moi et ma famille, que 4 jours pour rejoindre Dumbéa, à 200Km en bateau, et cette fois-ci en toute légalité. Ce délai ultra court s’explique par le fait que je devais retrouver mon poste, à Wé, 10 jours plus tard. Ce qui aurait très embarrassant pour la crédibilité du Principal.

       Pour finir, je ne me suis pas rendu à Dumbéa mais pas seulement par principe. Chaque jour de retard m’aurait été retiré sur mon salaire et il était question que je « bénéficie d’un tuteur » comme du temps où j’étais stagiaire. Histoire de bien montrer que ce déplacement, en cours d’année, n’était pas sans raison. De plus, que ce serait-il passé, là-bas, si un de mes élèves me juge trop sévère à son goût. J’ai donc été « radié des cadres pour abandon de poste » et je ne pourrai plus enseigner. Les enfants en sont heureux? Certainement, mais pour combien de temps?

       J’ai reçu, le 17 décembre 2010, le jugement du tribunal et j’ai bien fait d’attendre car cela vaut le coup d’oeil : Dans le jugement, le président écrit que je me suis « borné » à présenter des témoignages de voisins alors que j’avais aussi produit une pétition de quinze parents d’élèves en ma faveur. Ce qu’avait pourtant remarqué le rapporteur public. Ensuite, il conclut que les outrages dont j’ai été victime (ma « tête qui ne revient pas » avec le témoignage d’une parent d’élève à l’appui) sont des « remarques qu[e j]‘estime déplacés » et « sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ». Évidement, je peux vous assurer que pour le président des parents d’élèves, c’est tout sauf « sans incidence ». Il peut se vanter d’avoir « dégagé » un professeur certifié en lui disant en plus ce qu’il pensait, devant tout le monde. Enfin, effectivement, je ne conteste  pas « utilement » les conclusions du principal et de l’inspectrice. J’ai bien mis des « punitions » et des « notes majoritairement très basses ». Ce qu’a rappelé le président du tribunal mais qu’il juge « inadapté aux réalités socioculturelles locales ». J’assume tout et je pose une question : comment sait-on quand les élèves ne veulent pas travailler?


Stéphane Nguyen Boulet

 

ensemblecestnous |
www.ziga2011 |
Gala Vendémiaire |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Concept Valley Caraïbes
| trucs et astuces pour boucl...
| greenmarketing